Les œuvres que je présente dans cette exposition sont pour moi comme des ondulations qui apparaissent à la surface de l’eau quand on jette une pierre ; des mouvements qui, par contact, en provoquent d’autres et se propagent peu à peu en d’amples ondulations. Ces travaux sont liés entre eux par un même système et bien qu’ils aient été réalisés dans des formats et à des moments différents, tous retournent aux mêmes questions concernant la peinture et une certaine vision du monde.
Les 6 installations que je présente ont été construites en répétant des éléments indépendants qui se combinent au moyen de légères variations et suivant différents rythmes, pour créer une forme. Ce sont des structures placées dans des situations d’équilibre fragile, des états d’instabilité, n’admettant aucune hiérarchie tout en jouant sur les intensités et les silences. Elles ont aussi pour moi un rapport au temps, mais à un temps qui serait sans début ni fin.
caixas coloridas (boites colorées) 1999 - 2000. huile sur toile, 30 x 40 cm.
les équilibristes 2005 – 2006. peinture polyuréthanne sur bois, 2 x 3 x 200 cm.
mar de Bahia num dia de chuva (la mer de Bahia en jour de pluie) 2006. peinture polyuréthanne sur bois, 3 x 4 x 100 cm.
the tube 2005 – 2006. peinture polyuréthanne sur carton, diamètre 10 cm / H = 10, 20, 30 cm.
propagations 2006. dessin animé. production et montage Karine Duchâtel, musique Alvaro Lazzarotto, dessins et direction Iracema Barbosa.
das angoisses 2003-2004. dessin sur papier, encre de chine et mine de plomb, 20 x 30 cm.
La fréquentation des œuvres de la peinture moderne et contemporaine a nourri ma recherche ; celle des peintures et collages de Matisse, celle du suprématisme de Malévich, des compositions de Mondrian, des champs de couleurs de Ellsworth Kelly, des vibrations optiques de Bridget Rilley ou des peintures récentes de Sean Scully. Certainement aussi celle des grands artistes brésiliens, comme Aluisio Carvão, Ione Saldanha, Sérgio Camargo et Eduardo Sued, entre autres.
Ce qui donne le nord à mon travail, plus que le plaisir trouvé dans le dessin, c’est l’idée d’agir pour reconstruire de manière active le monde qui m’entoure. Une reconstruction qui passe par des gestes simples : couper, poncer, peindre, faire vibrer, équilibrer, éparpiller et réunir des éclats, des touches, des morceaux de couleurs, pour les transformer en autre chose. Il y a dans cette action un désir de transcendance, une envie de toucher, de séparer et de réunir à la fois ce qui fait notre « être au monde ». Ce travail revendique une certaine spiritualité, qui ne se réclame cependant d’aucune religion, mais qui m’anime profondément et me permet de créer ces formes, plus ou moins proches de nous.
(texte pour l’invitation de l’exposition propagation à l’atelier d’estienne)