Dans le parcours de Iracema Barbosa, l’engagement dans la peinture a commencé presque simultanément au travail dans le cinéma. Une chose que ces deux activités lui ont certainement apprise, c’est l’importance de la lumière, son action déterminante sur la modulation de la forme et de la couleur ; son pouvoir de spatialisation à travers ses contrastes et ses variations ; et enfin sa capacité à offrir les choses à la vue. Il y a quelque chose de ces découvertes dans la façon dont branches et rubans émergent dans la chapelle, la lumière produisant à la fois des reflets et des traversées.
Les surfaces en satin luisent comme des fruits humides dans cette forêt intime, diffusant des couleurs brillantes. Elles reprennent ainsi une caractéristique de la peinture – la tension entre la tactilité de la surface peinte et l’aspect optique du phénomène chromatique, puisque les rubans donnent corps mais également résonance aux couleurs dans la chapelle, ce sont des matériaux et en même temps des agents optiques. D’autre part, lorsque ces éléments filtrent la lumière par des ombres superposées, ils s’emparent d’une forme typique du cinéma – la capacité à produire de la densité spatiale à partir d’un outil translucide. Les silhouettes projetées sur les murs établissent différents niveaux de profondeur, appréhendés à mesure que l’on déambule dans la chapelle, donc au rythme d’un flux temporel. Comme dans le cinéma, la lumière dessine dans cette salle obscure, et articule ainsi une temporalité dissociée du temps vécu au-dehors.
Un autre aspect de cette relation avec la peinture et le cinéma réside dans la perception du cadrage comme dynamique productive de l’espace. L’intérêt pour les branches est né de la vision impressionnante de leur nudité face au ciel illimité, de la trame que les arbres tracent dans le ciel, le fragmentant en segments lumineux. En liant les branches, l’artiste fait face à l’instabilité et à la précarité de ces limites. Autant dans la peinture que dans le cinéma, les limites ou les coupures ne distinguent les éléments que pour les mettre en contact et en tension avec d’autres éléments, et ainsi elles séparent tout en rassemblant, elles ferment tout en ouvrant, elles existent dans l’impulsion de leur surpassement.
L’installation dans la chapelle de Saint Gildas donne une dimension à cette expérience ambiguë du cadrage en chargeant sa géométrie de vibrations incertaines, la soumettant à la double sensation de la lumière réfléchie et de la lumière filtrée. L’artiste nous parle de limites qui débordent, d’une fin qui est le début – comme dans le matériau mort des branches tombées qui pourtant se recharge de vitalité. C’est, en partie, l’aspect fascinant de l’action artistique : révéler le principe de construction inhérent au caractère périssable des choses, rendre productives nos limites.
(texte écrit par Patricia Corrêa en 2005 pour le catalogue de l’exposition à la chapelle de saint-gildas)