D’où voit-on les choses ? De quelle distance ? Sous quelle lumière ? Soumis à quel rythme ? Dans quelles circonstances ? Ce sont des questions dans ce travail. La géométrie ne sert pas à organiser ou à mesurer l’espace, mais à mettre en évidence l’ordre fragile et instable de notre monde.
C’est par les gestes qui des fois dévoilent, d’autre fois empilent que je réalise mon travail. Des gestes qui coupent, enroulent, tendent et attachent les choses. J’opère par des jeux combinatoires et par comparaison, comme dans un jeux musical, dans un va-et-vient qui, au même temps, crée une structure et met en évidence nos mouvements. Ce sont des reconstructions ou une sorte de pendule entre la mémoire et les sensations fraîches que j’ai des expériences.
J’utilise plutôt des matériaux banals – papiers, cartons, crayons, peintures, fils ou bois. C’est ma façon d’organiser des questions sur ce qui serait rupture ou continuité ou, simplement, par le besoin des choses moins spectaculaires, des expériences plus consistantes, lentes et chaleureuses. Par exemple, l’utilisation du bois comme matière se doit à sa température, ses odeurs et ses couleurs. Il est à la fois rigide et flexible. Il peut avoir cette surface si lisse et en même temps pleine de dessins. Des dessins qui sont, en réalité, des traces de la variation du temps, dans le temps.
Je vois aussi la répétition, du geste et des éléments, comme une opération indissociable du temps et de son déroulement. Elle nous propose des questions sur le rythme, l’origine et la fin des expériences. Les répétitions nous renvoient à toutes nos actions, quelques fois quotidiennes, des actions dont on se sert pour approfondir une connaissance, pour comprendre un phénomène, ou simplement pour réaliser quelque chose.


